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Le thème de la désindustrialisation est à la fois un sujet de préoccupation et de discussion.

Voici quelques repères pour se forger sa propre opinion sur le sujet .

Les faits

Il y a seulement quelques jours le quotidien Les Echos, sous le titre « Désindustrialisation : près de 900 usines françaises ont été fermées en trois ans« ,  faisait état d’une enquête de Trendeo et soulignait que « la crise de 2008-2009 a violemment accéléré la désindustrialisation de la France » . Pendant ces trois mêmes années, seules 494 créations de sites ont été recensées. Entre les bons élèves créateurs nets d’emplois (aéronautique, agroalimentaire et luxe) et les situations difficiles (automobile, pharmacie, chimie, métallurgie) le solde est négatif. En cause, notamment des produits milieu de gamme qui peinent à s’exporter.

Une étude du ministère de l’Economie (juin 2010) analyse les causes de ce phénomène de désindustrialisation de l’industrie française qui a perdu près de deux millions d’emplois en trente ans. Son poids dans le PIB national a reculé de dix points (de 24% en 1980 à 14% en 2007). Ce document vise à évaluer l’importance de trois déterminants structurels de ce phénomène en France sur la période 1980-2007 (et la sous-période 2000-2007) : l’externalisation de certaines tâches de l’industrie vers le secteur des services ; la déformation de la structure de la demande au cours du temps (notamment liée aux gains de productivité dans les différents secteurs de l’économie) et l’effet de la concurrence étrangère sur les performances du secteur industriel.

La réindustrialisation sera l’un des thèmes centraux de l’élection présidentielle car le secteur industriel revêt en effet une importance symbolique aux yeux de la population qui s’inquiète de l’impuissance des pouvoirs publics. Voir Le Monde Les Français et la désindustrialisation

Faux problème

En se basant sur le nombre d’emplois et non pas sur le nombre de sites industriels il apparaît qu’il n’y a pas de désindustrialisation. « Une des grandes évolutions qu’ont connues nos entreprises depuis les années 50 et 70 tient en un mot : « externalisation ». Aujourd’hui, les agents d’entretien ne sont plus des salariés de l’entreprise industrielle – et ne sont donc plus comptés dans les bataillons des salariés de l’industrie – mais travaillent pour une entreprise de service qui propose ses services aux entreprises industrielles« . « Il n’y a pas de « désindustrialisation ». Il y a une croissance plus rapide des industries de services, notamment liée à l’externalisation des fonctions annexes de l’industrie« .

Un autre point de vue considère qu’il ne sert à rien de regarder derrière.:  » l’ère industrielle est en train de périr, et l’ère quaternaire est en voie d’advenir. Au lieu de s’épuiser, en vain, à retrouver le lustre de son industrie perdue, la France a tout intérêt à relever le défi de l’économie quaternaire (combine l’économie sociale, l’économie circulaire et l’économie de fonctionnalité), seule à même de générer de nouveaux emplois en nombre, y compris dans l’industrie« .

La désindustrialisation en France, un mythe ? C’est le propos de cet article que cherche à démonter plusieurs idées reçues, notamment : le rôle des délocalisations vers les pays à bas coût de main-d’oeuvre dans le chômage, les non-localisations, autrement dit des emplois qui auraient pu être créer en France plutôt qu’à l’étranger, les investissements, les emplois qualifiés qui seraient menacés par les délocalisations.

Enfin la difficulté à établir un bilan chiffré certain, compte tenu des transferts d’activité, peut à tout le moins semer le doute sur la réalité du problème.

Pourquoi et que faire ?

Parmi les erreurs évoquées, celle du consensus erroné autour de l’idée que l’emploi et l’innovation se déplacent inéluctablement vers les services et les effets pervers de la fiscalité (La France malade de sa désindustrialisation).

Il faut aussi évoquer des erreurs de stratégie au niveau gouvernemental: jusqu’en 2008, on a pensé que seul le modèle libéral financier, incarné par Londres et les investisseurs, allait gagner. Or il est clair depuis la crise que c’est un autre modèle qui gagne : le modèle industriel commercial incarné par l’Allemagne, le Japon, la Corée du Sud et la Chine.

Plusieurs propositions de réforme sont avancées en vue de restaurer la compétitivité française. Les plus fréquemment citées visent, d’une part, à modifier l’appareil productif français, qui serait composé de trop peu d’entreprises de taille suffisante pour réussir à l’international et, d’autre part, à réduire le coût du travail, qui serait supérieur à celui des économies concurrentes (Désindustrialisation : quels moyens d’action ?).

Jean-Michel Quatrepoint, journaliste économique, pointe une alliance de circonstance entre trois grands acteurs à l’échelle mondiale: la finance, le modèle de la grande distribution et le Parti Communiste chinois qui a mené une stratégie économique remarquable. Une spécialisation par pays s’est ainsi mise en place. Le Royaume-Uni a clairement choisi la finance et les secteurs industriels à forte valeur ajoutée, l’Allemagne a choisi le modèle de l’exportation de biens d’équipement et la France a choisi de ne pas vraiment choisir. Il souligne qu’on ne « peut pas parler de réindustrialisation, de relocalisation sans aborder le problème de compétitivité« , ce qui implique de  revoir la fiscalité.

Dans un essai intitulé « La France doit choisir », Jean-Louis Beffa suggère de s’inspirer davantage du modèle allemand. Il explique pourquoi il est opposé au laissez-faire et invite l’Etat à jouer son rôle de stratège.  Il propose son analyse des effets de la mondialisation, des causes de la désindustrialisation et des propositions pour inverser ce processus. Il indique notamment « Je suis opposé au laissez-faire, et je plaide donc pour un Etat stratège, mais pas pour un Etat démagogique, qui préfère le consommateur à l’industriel. »   Lire Comment l’ex-PDG de Saint-Gobain ressusciterait la France et Désindustrialisation : le point de vue d’un ancien grand patron.

Autres sources à consulter :

Marianne : La désindustrialisation de la France continue

L’Express : Gros plan sur la désindustrialisation de la France

Publications:

RAPPORT D’INFORMATION SUR LA DÉSINDUSTRIALISATION DU TERRITOIRE – Assemblée Nationale, 2004

La Documentation Française : Désindustrialisation, délocalisations (2005)

Le Sénat Mission commune d’information sur la désindustrialisation des territoires  

Désindustrialisation, délocalisations – Rapport de Lionel Fontagné et Jean-Hervé Lorenzi pour le Conseil d’Analyse Economique – 2005

 

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